Tourisme mémoriel en Belgique

Tourisme mémoriel en Belgique

26 novembre 2023 0 Par Gilles Fontaine

Je n’ai pas souvent l’occasion d’écrire sur mon pays. Pourtant, son patrimoine est riche et varié. On y trouve de tout, des villes historiques, des canaux, des polders, des forêts, des musées, etc. On oublie parfois que la Belgique, au cours de l’histoire européenne, a toujours été une terre de convoitise, un champ de bataille et un territoire d’occupation, son indépendance fait plutôt figure d’exception. Les deux derniers conflits mondiaux n’ont pas dérogé à la règle, notre territoire a été piétiné, envahi, martyrisé et enfin libéré. Au programme de ce jour, le fort de Breendonk et le boyau de la mort à Dixmude.

Le fort de Breendonk

Situé entre Bruxelles et Anvers, à hauteur de Malines, d’une allure sombre, le fort se dessine le long de l’autoroute. Une fois passé le petit bâtiment qui accueille les visiteurs, le temps est comme arrêté. La volonté a été de préserver la trace du passage de milliers de détenus et de travailleurs forcés. Le ton est donné dès l’entrée, « Halt ! Qui dépasse la limite sera fusillé ! ».

Le fort n’a pas toujours été un lieu de détention. Il d’abord été un édifice militaire. On distingue toujours les anciennes coupoles de protection. Lors de sa réaffectation durant la guerre 39-45, et au début de l’occupation, il était partiellement ensablé. Ce sont les prisonniers qui l’ont restauré. Certains sont littéralement morts à la tâche d’épuisement sous les coups des SS (Schutzstaffel, milice privée du parti nazi connue pour son fanatisme).

Comme tous les camps allemands, ce sont les SS qui le gèrent et l’administrent. La visite est guidée. Nous commençons par le mess des gardiens et officiers. C’est dans cette salle qu’ils se restauraient, buvaient, dansaient alors que dans les pièces adjacentes ils torturaient, tuaient les détenus au travail ou exécutaient. Quel glaçant contraste !

Au fil des couloirs, le guide nous narre le quotidien d’un prisonnier. Chaque minute de leur temps est contingentée. Tout est fait pour déshumaniser la personne. Dès votre incarcération, votre nom disparaît, vous devenez un numéro. Vous êtes logés dans des cellules exiguës sur de grands lits superposés. Leur paillasse était faite d’un sac rempli de paille. Le plus souvent elle grouillait de vermine. La lumière est quasiment absente de la pièce, l’humidité percole sur les murs. La nourriture est insuffisante, les brimades sont quotidiennes.

La pièce la plus sombre est constituée d’un alignement de cachots où l’on isolait le prisonnier. Les conditions de vie étaient encore plus strictes. Dans moins de 2 m², le détenu ne pouvait pas s’asseoir la journée, son lit était relevé. Il devait dormir avec la lumière allumée. À chaque moment, les SS pouvaient extraire le prisonnier de sa cellule et l’emmener dans une salle confinée où l’on utilisait des méthodes spéciales d’interrogatoire. En d’autres mots, la Gestapo torturait pour obtenir des informations. Enfin, en fonction des réponses, le prisonnier ne pouvait plus que mourir soit au travail, soit déporté, soit exécuté.

La visite se termine par une pièce mémorielle. Elle renferme les cendres des principaux camps d’extermination nazis. Les murs sont recouverts des noms des juifs exterminés. Il n’est pas rare de croiser des descendants des victimes venus rencontrer leur histoire dans l’Histoire. Le camp de Breendonk a été un des plus terribles en Belgique.

Malgré cet arsenal répressif, certaines personnes n’ont jamais abandonné et ont gardé une petite lueur d’espoir et d’humanisme. Au péril de leur vie, ils se sont entraidés, ont dessiné, ou ont tenté de s’évader.

Certains de ces dessins sont exposés. Je suis touché pas la similitude des croquis que j’ai pu observer en Albanie ou dans la petite forteresse de Térézin en Tchéquie. Ils sont quasiment similaires. La Mal, qu’il soit nazi, totalitaire, ou communiste a le même visage, celui de la mort et de la souffrance.

Aujourd’hui, les récits des survivants de la guerre en Ukraine sont similaires. Qui oublie son passé est condamné à le revivre.

Le boyau de la mort

Après cette visite poignante, notre bus se dirige vers Dixmude et le boyau de la mort. On change d’époque en se transportant au cœur de la Grande Guerre. Ici, Belges et Allemands se scrutaient à moins de 50 mètres de distance. La guerre de mouvement s’est mutée en guerre de position. Les hommes se sont enterrés sur une ligne allant de la côte belge jusqu’en Suisse.

Les conditions de vie ont été très compliquées pour les soldats. Il faut imaginer, le froid, la boue, les rats. Le seul réconfort est que l’armée belge étant assez réduite, les généraux et le Roi ont tout fait pour minimiser les pertes en hommes par rapport aux armées françaises et anglaises. C’est une maigre consolation. Il en ressort que cette visite est pour moi moins poignante. Peut-être l’éloignement du temps y participe.

Un peu groggy par ces bons dans l’histoire, nous reprenons la route du retour. Il pleut, des averses battent la campagne flamande. Juste avant la fin de journée, un rayon de soleil vient percer les nuages comme un signe d’espoir pour l’avenir.