Le Cap-Vert, son histoire noire, sa résilience
Le pénitencier de Chão Bom
D’abord le soleil, les plages de sable fin, les vagues, autant de promesses de passer un séjour paradisiaque. Ensuite, la roche, les sentiers escarpés, des cailloux noirs et les petits pavés d’un village escarpé comme récompenses d’une belle randonnée, enfin les sourires espiègles des enfants comme autant de petites paillettes dorées étincelant dans nos yeux. Le Cap-Vert, c’est aussi l’exil, l’esclavage et le départ. Que ce peuple est fier de son pays ! Et quelle histoire ! Résistance et Résilience pourraient être leur devise. Aujourd’hui, pas de belles histoires, mais un lieu sombre de l’histoire portugaise et capverdienne, nous allons visiter le camp de « travail » de la dictature portugaise, Chão Bom.
En partant de Praia, prenez la route principale vers le nord de l’île de Santiago, direction Tarrafale, l’autre grande agglomération de l’île. La distance n’est pas très grande, mais la route réserve de très belles surprises, no stress, prenez le temps. La route grimpe et serpente. La montagne est abrupte et saillante. Les nuages de l’Atlantique viennent s’y déchirer et retombent parfois en pluie.
Enfin, le défilé, un étroit passage et la descente vers l’océan. De la montagne, la plaine se découvre. Une fois les derniers lacets déroulés, quelques kilomètres sur la plaine et de hauts murs crénelés surgissent et interpellent. Le camp se dresse, d’abord comme symbole de la répression de la dictature portugaise ensuite comme outil d’humiliation des combattants de la liberté des colonies portugaises. Imaginez la situation à l’époque : quelques modestes abris pour pêcheurs, un paysage quasi désertique, pas d’options pour s’échapper, une nourriture rare et une eau souvent impure.
L’entrée du camp, c’est d’abord une double porte, ensuite un large fossé et pour finir une haute grille qui débouche sur une allée flanquée de deux bâtiments de détention. Au bout, posée au centre du chemin, d’un blanc presque rayonnant, la petite infirmerie. Elle est tellement petite et le camp est si grand ! Y soigne-t-on vraiment des malades ?
Contrairement aux prisons occidentales, les cellules ne sont pas individuelles. De grands blocs collectifs abritent les détenus. Ce sont d’abord les opposants au régime de Salazar, ensuite les indépendantistes luttant pour la liberté de l’Angola, de la Guinée ou du Cap-Vert qui y furent incarcérés.
Il est étonnant de constater que les régimes autoritaires, fascistes ou dictatoriaux adoptent les mêmes méthodes de terreur, d’humiliation et de déshumanisation pour garder le pouvoir. On peut aussi en prendre le contre-pied et penser que ce serait la peur de le perdre qui meut cet instinct de terreur.
Je suis à chaque fois horrifié de la normalité dont on habille le lieu pour mieux en cacher l’abomination. On va trouver des cuisines, des ateliers, des lavoirs, une infirmerie. Les détenus devaient travailler durant le jour, la nourriture était souvent avariée, l’eau croupie et l’infirmerie n’en portaient que le nom. Le médecin faisait partie du système carcéral. Il avait sa propre interprétation du serment d’Hippocrate : « Je ne suis pas présent pour soigner, mais pour signer les certificats de décès »… Glaçant.
Pourtant, dans la fange la plus crasse naît des valeurs d’entraide, de solidarité, d’amitié et de liberté. C’est ici que sont passés certains futurs dirigeants des ex-colonies portugaises, mais aussi de simples paysans. Le système concentrationnaire s’est révélé particulièrement raffiné dans le cynisme : le coût de l’incarcération était facturé à la colonie qui envoyait ses détenus. En fonction du prix payé pour la « pension », le traitement pouvait être moins pénible.
Vous l’aurez compris, la santé du prisonnier pouvait facilement décliner. Cependant, malgré les brimades, la privation, la mort, rien n’a arrêté la chute du dictateur ou la voie vers l’indépendance. Le corps peut être brisé, mais la volonté et l’esprit de la liberté, même derrière ces murs, ne se sont jamais éteints et se sont renforcés.
Résistance et résilience, pas de revanche. Juste la volonté d’avancer en paix au milieu de l’océan, sous ces alizés qui apportent cette douceur unique.















