Auschwitz-Birkenau ou le Disneyland de la Mort

Auschwitz-Birkenau ou le Disneyland de la Mort

11 mai 2026 0 Par Gilles Fontaine

Si vous le désirez, à la suite des photographies, parcourez quelques lignes sur l’abomination nazie et ce que pourrait devenir notre monde si nous ne prenons pas soin de « l’État de droit ».


Brzezinka, gmina Oświęcim, Oświęcim County, Voïvodie de Petite-Pologne, Pologne

Camp de concentration(Auschwitz I), Legionów, Kamieniec, Nowe Stawy, Stare Stawy, Oświęcim, Oświęcim County, Voïvodie de Petite-Pologne, 32-600, Pologne Cracovie, Voïvodie de Petite-Pologne, Pologne


Auschwitz et Birkenau sont deux camps de concentration nazis où l’on a assassiné plus d’un million et demi de personnes. À lui seul, cela représente quasiment le quart des victimes. L’antisémitisme est différent de l’extermination. Au départ, les nazis comptaient exiler les Juifs en Palestine ou à Madagascar, ensuite, à la vue de l’impossibilité du projet, ils furent enfermés dans les ghettos et, la finalité du processus qu’est l’extermination se décida en 1942 lors de la conférence de Wannsee. Les plus hauts dignitaires du régime se sont réunis pour sceller leur sort et décider de leur extermination à grande échelle.

Auschwitz devint trop petit et les S.S. construisirent Birkenau, un camp satellite. Il fallait loger toujours plus de monde pour assouvir le besoin de main-d’œuvre des entreprises allemandes. Bayer, IG Farben, et bien d’autres se sont enrichis sur le sang et la souffrance d’un peuple exploité jusqu’au dernier os. Birkenau, véritable usine de la mort. Administrativement, il composait une seule entité avec Auschwitz.

Les camps, de manière générale, fonctionnaient comme des entreprises normales. Par exemple, il fallait assurer les biens et c’est Allianz qui a remporté l’appel d’offres. Pour ce faire, des piscines d’eau étaient construites contre le feu et des fossés contre les inondations. Ce ne sont que quelques exemples, car toute l’économie du Reich était tournée vers l’effort de guerre et les camps y participaient pleinement en fournissant une main-d’œuvre gratuite et renouvelable.

L’assassinat n’est pas une qualification juridique correcte. Dans les deux camps, ce sont plus d’un million et demi d’homicides volontaires, avec la circonstance aggravante qu’ils se sont produits avec préméditation et dans l’unique but de faire disparaître un peuple tout entier. Au total, on dénombre plus de six millions de victimes. Le système concentrationnaire nazi s’étendant sur toute l’Europe ainsi que les actes de préparation ont obligé les juristes de l’époque à introduire une nouvelle qualification juridique des faits, le crime contre l’humanité, le plus haut placé dans la hiérarchie pénale. Il cherche délibérément à exterminer un groupe de personnes en raison de leur race, de leur appartenance à une communauté ou de leur orientation sexuelle ou religieuse.

Dans toute l’Europe, les nazis ont mis en place un système concentrationnaire de travail et d’extermination. Auschwitz et Birkenau représentent leur « chef d’œuvre » dans l’horreur et la déshumanisation des internés. C’est l’industrialisation de la mort. Le détenu était encouragé à emporter ses effets de valeurs et y était acheminé en convoi de wagons de marchandises, sans nourriture, eau et sanitaire. Déjà, beaucoup mourraient du voyage. Ensuite, c’est l’étape de la sélection, soit le médecin vous déclarait plus que provisoirement apte à travailler. La vie était sauvée de quelques jours à quelques semaines à la vue des conditions de vie plus que précaires. Précaire est un doux euphémisme, le détenu devait affronter les brimades, la privation de nourriture, de soins ainsi que les tortures et décisions arbitraires signifiant irrévocablement la mort. Dans la majorité des cas, le préposé nazi indiquait la direction des chambres à gaz. D’un simple geste de la main, il présidait à la destinée de milliers de personnes. Principalement, les femmes, les enfants et les personnes qui prenaient la direction des chambres à gaz.

Les effets personnels, dents, lunettes, cheveux étaient soigneusement récupérés pour alimenter les caisses des S.S. Ces derniers avaient mis en place une véritable économie parallèle et tiraient un réel avantage économique dans un système et une administration bien établie de cette exploitation humaine. Lors de notre déambulation, les tonnes de cheveux, les montagnes de chaussures, les milliers de paires de lunettes témoignent du drame vécu.

De l’arrestation au traitement administratif, en passant par le transport, l’assassinat et le dépouillement du cadavre, tout est prévu, tout est planifié. L’or des dents était refondu et renvoyé à la Reichbank pour contribuer à l’effort de guerre du Reich ou expédié en Suisse afin de blanchir l’argent.

Les S.S. ne s’occupent quasiment pas des affaires internes du camp. La basse besogne est déléguée à d’autres prisonniers, les kapos. Cette organisation est redoutable. Les kapos, de peur de perdre leurs privilèges, excellaient dans l’art de la maltraitance. En conséquence, les S.S. ne devaient presque pas s’occuper du camp tout en obtenant une discipline de terreur. Pour les résistants et contrevenants aux règles, le tribunal institué par les autorités du camp condamnait sans appel. La mort était exécutée par pendaison en public pour l’exemple.

Ces circonstances sont tellement iniques que l’on peine à les nommer. Mais dans le fond du fond de la fosse, les médecins nazis, en pratiquant des expériences toutes plus cruelles les unes que les autres, vidèrent de sa substance le serment d’Hippocrate. L’infirmerie n’en portait que le nom. Pourtant, des médecins ont fait l’impossible pour soigner et, parfois, sauver des vies.

La participation massive et la responsabilité partagée du peuple allemand continuent d’être au cœur de réflexions philosophiques et de discussions animées. Mais le temps passe et la génération actuelle n’est pas celle des années quarante.

Cependant, le passage du temps n’enlève rien à la cruelle réalité des faits et n’excuse en rien la manière dont l’hommage aux victimes est rendu.

Le traitement de ce million et demi de crimes, des expériences médicales, des tortures et des détentions arbitraires mérite mieux qu’un Disneyland de la mort.

On ne peut pas reprocher au public son comportement désinvolte si on traite cet endroit comme une autre attraction touristique comme les autres. Dans cet endroit, le commerce ne peut pas et ne doit pas précéder la pédagogie du souvenir et de la mémoire. En effet, connaître son passé évite de le reproduire. Montrer c’est bien, mais largement insuffisant ; expliquer et contextualiser le génocide permettrait aux milliers de visiteurs de vaincre l’obscurantisme et les théories du complot qui provoquent la peur et la haine, et, in fine, la violence, la discrimination et le meurtre.