L’Estonie (5ème partie)
L’île de Saaremaa, quand l’insularité vous séduit telle une déesse nordique
L’Estonie a sa partie terrestre, mais c’est aussi 500 kilomètres de littoral face à la mer Baltique et au golfe de Finlande. Partout dans le pays, les produits de la mer sont présents frais ou en conserve. Il était donc hors de question de passer à côté d’une visite de ses îles. Nous prenons la mer pour l’île de Saaremaa. C’est assez involontaire, mais à chaque voyage, la mer ou l’océan en fait partie. J’ai assez de mal à concevoir leur absence.
Tout commence par une route et une barrière de péage. Le processus est en grande partie automatisé, à l’achat de votre billet de ferry sur internet, vous pouvez indiquer le numéro de plaque de la voiture, une caméra la reconnaît et la barrière s’ouvre. Un écran vous indique le numéro de ligne où vous rendre et il n’y a plus qu’à attendre le navire bien sagement garé. La traversée vous prendra une petite heure. Pendant ce temps, faites quelques photos, mangez un petit bout ou regardez le paysage défiler. Le navire est confortablement équipé pour passer une bonne traversée sur une mer calme.
Comme le reste du pays, l’île est plate. Sa ville principale est Kuressaare. C’est un gros village ou une petite ville, selon votre point de vue. Il faut prendre vos dispositions, il n’y a pas beaucoup d’hôtels. Cependant, vous y trouvez plus facilement des appartements. La voiture est également indispensable, car l’île est étendue, la traverser d’est en ouest compte 120 kilomètres et 45 kilomètres du Nord au Sud. L’environnement est rural, traversé par des champs et des forêts. Une telle topographie attire un grand nombre de cyclistes, de motocyclistes et de campings caristes. En été, les journées sont longues et parfois ensoleillées. La lumière est douce, le soleil baisse doucement vers l’horizon. On profite, on traînasse sur les terrasses, les enfants jouent, ces moments font partie des journées que l’on voudrait ne jamais voir finir. Qu’il est loin le temps de l’Union soviétique où l’île était la vigie de la Baltique, couverte de radar et d’installation militaire ! Aujourd’hui, il n’en reste presque rien. Le long de la falaise autrefois interdite au public, une promenade didactique a été aménagée. Petit à petit, la douceur fait place à une certaine lourdeur. Kuressaare a toujours été une place forte et un lieu stratégique. Ne ratez pas le château. Certaines de ses parties sont d’époque médiévale. La porte principale est particulièrement impressionnante. Le donjon est une autre pièce de choix. On peut y grimper sur l’intégralité de sa hauteur. La vue depuis les fenêtres de la ville, du port et de la mer Baltique explique sa position stratégique. Les différents occupants ne s’y trompent guère. Le fortin devint fort, château et ensuite citadelle.
Avec la paix, le château, jadis guerrier, est devenu un musée sur l’occupation de l’île par le grand frère soviétique. On y décrit le régime particulièrement rude appliqué aux locaux et justifié par la position stratégique de Saaremaa au regard de sa position dans la baltique pendant la guerre froide. Plusieurs salles expliquent la vie sur l’île, l’exil ou la déportation des habitants.
Aujourd’hui, l’histoire n’est pas oubliée, mais la page est tournée. La vie est douce l’été sur Saaremaa. Le dimanche, les habitants du village aiment se promener ou se baigner dans une lagune proche du port de plaisance (soit dit en passant, très bien aménagé). Ici, le drapeau des secouristes renseigne sur la température de l’eau. Si l’eau est trop froide, c’est le drapeau rouge : la baignade est interdite !
Pour les marcheurs, ou les grimpeurs, le phare est une activité tout indiquée. Il se situe à la pointe sud de l’île et mesure 52 m de haut. C’est le plus haut d’Estonie, vous pourrez atteindre son sommet après avoir gravi ses 248 marches.
Si vous voulez, vous pourrez même observer une curiosité spatiale. Juste à côté d’une école, un peu dans les bois, vous monterez sur ce qui semble un talus. Une fois en haut, l’œil paresseux y verra une mare parfaitement circulaire. L’œil averti ou malin (lisez les panneaux !) y verra la trace laissée par une météorite. C’est le cratère de Kali.
En bref, l’île de Saaremaa recèle de petits trésors cachés que l’on découvre comme des petits œufs de Pâques dans son jardin. Comme dans beaucoup de monde insulaire, le temps se dilate et l’instant de quelques heures quelque peu magiques, il s’arrête. On est dans « son » moment à soi, loin de tout protégé par la mer qui agit comme le rempart d’une citadelle imprenable.





















