Le Japon, de Kyoto à Tokyo (2ème partie) – avril 2017

Le Japon, de Kyoto à Tokyo (2ème partie) – avril 2017

Kyoto

Kyoto est la dernière étape de notre voyage avant Tokyo. Au premier abord, c’est une grande ville avec ses gratte-ciels, ses grandes avenues, son rythme effréné.

Dans un second temps, c’est aussi un des centres spirituels du Japon avec ses nombreux temples, ses lieux de culte et son palais impérial.

Enfin c’est un village avec ses petites ruelles, ses galeries commerciales et ses restaurants typiques. Nous avons un seul regret, de ne pas y rester plus longtemps. Kyoto symbolise parfaitement la dualité de la société japonaise, entre tradition et modernité.

Le palais impérial

Au centre de la ville cet imposant édifice est niché dans un parc de 63 hectares. Il a été la résidence de l’Empereur jusqu’en 1868. Les bâtiments actuels datent de 1855. La visite est libre et gratuite le long d’un parcours établi. On ne peut rentrer visiter les différents immeubles composant le complexe impérial. Les jardins sont accessibles et valent le détour. Avant de rentrer, on nous remet un badge de visiteur. La présence des officiels de la Maison impériale nous impose un certain respect. Dans la société japonaise, l’empereur est un monument vivant et on ne plaisante pas à son sujet, c’est une figure très respectée. La visite se fait dans une ambiance quasiment religieuse.

Les différents édifices sont composés de portes monumentales, salles d’audience et résidences. On pourrait qualifier le palais impérial de Kyoto de Versailles japonais. On mesure la puissance de l’Empire à la grandeur de ses bâtiments de la même manière que dans nos sociétés occidentales. Seul le style diffère. On est impressionné par les nuances de rouge, les dorures des portes, la dimension des bâtiments. Rien n’est petit, même les avenues sont d’une largeur impressionnante. L’empereur est traité comme un dieu vivant et son palais doit en être digne. Kyoto est resté pendant 1000 ans la capitale de l’empire jusqu’à l’aire Meiji correspondante à une plus grande ouverture sur le monde du Japon.

Quoiqu’il en soit, la demeure impériale et ses jardins sont un îlot de verdure au centre de la ville. Préférez une visite matinale pour éviter la foule. Le lieu est très prisé par les touristes et les locaux.

Les jardins sont un modèle d’école du genre japonais. Tous les éléments y sont, des allées parfaitement ratissées, des arbres taillés avec minutie, une rivière où des poissons nagent tranquillement et des ponts arrondis. On pourrait y passer des heures tellement on s’y sent bien ; sa vue est reposante. Une expérience intéressante dans l’exploration de nos sens est de porter notre attention sur l’ouïe. Comme la visite est très respectueuse, le silence et les murmures ne viennent pas nous troubler. Notre esprit peut alors porter son attention sur des sons habituellement cachés. Le vent dans les feuilles, les différentes textures au sol, le bruit de l’eau ou de la pluie révèlent une facette différente de ces jardins.

Le Kyoto caché

Kyoto n’est pas qu’un ensemble de temples et de buildings. La ville a conservé un esprit traditionnel. Nous logeons dans un « Ryokan », c’est une auberge typiquement japonaise. On pourrait les comparer à nos chambres d’hôtes. L’intérieur est chaleureux, souvent tout en bois. Dès l’entrée, on se déchausse, un petit oratoire pour les esprits de la maison trône dans le vestibule. On peut y placer quelques menues monnaies pour s’attirer leurs bienfaits.

La chambre est spartiate, du parquet, un grand espace, et un petit coin pour déguster du thé. On y trouve peu de meubles car quand vient l’heure du coucher, nous devons préparer nos couchages. Tout est prévu, dans les placards, nous trouvons un matelas fin (futon), des oreillers aussi très fins et des édredons. Nous dormons directement par terre. L’ambiance dépouillée de tout confort nous permet de toucher un peu la civilisation nippone et une certaine zénitude. Le reste du ryokan est bien équipé, nous pouvons utiliser la cuisine, il y a deux salles de bain partagées et un petit jardin dans une petite cour. La maison est entièrement consacrée à la réception des touristes.

En sortant du gîte, les petites rues de Kyoto s’offrent à nous. On peut longer de petites rivières ou de plus grandes, on en oublierait presque la ville tellement le calme règne. On croise quelques passants, les éclairages de nuit avec les cerisiers en fleurs sont magnifiques.

En plus d’être un centre spirituel, Kyoto est reconnu pour sa gastronomie. Nous déambulons dans les rues pour trouver un restaurant. Ils sont littéralement pris d’assaut par les habitants et les touristes. Nous devons faire plusieurs établissements avant d’en trouver un pouvant nous accueillir. Les goûts et les odeurs sont surprenants. Les sauces et condiments relèvent les plats avec une subtilité à la fois douce et piquante.

Il ne faut pas s’étonner de trouver des fumeurs à l’intérieur des établissements. Si fumer dehors est mal vu et très réglementé (de petites cabines ressemblant aux abribus sont placées dans les rues de Kyoto pour éviter les nuisances) il n’en est rien pour les restaurants.

Les galeries commerçantes

Comme à Hiroshima ou Himeji (voir notre première partie), les passages couverts sont très nombreux et très fréquentés. Au hasard des rues nous entrons dans Nishiki Market, c’est un joyeux bazar où chacun trouve sa place. Les étals de toutes sortes se succèdent sur plusieurs centaines de mètres. On y trouve un véritable inventaire à la Prévert, de la nourriture, des bibelots, des vêtements, des poissonneries, des magasins d’épices, de thés, de stands de nourriture à emporter etc. L’ambiance est animée, on peut directement déguster des mets surprenants comme des poulpes gélifiés, de la viande séchées, etc. La verrière diffuse une lumière légèrement colorée en bleu, vert et rouge. Quelques occidentaux passent par là mais la visite est réellement authentique. Nous oublions l’Europe, l’Asie nous transporte dans un autre univers.

Nous en profitons pour faire nos petites emplettes et portons notre choix sur des épices, du wasabi ainsi que du thé vert torréfié. C’est une spécialité de la région. Son goût très surprenant pour nos papilles découvrant son amertume et sa douceur. Quant au wasabi, il est vendu en poudre dans de petites boites métalliques. Il faut le délayer dans l’eau pour obtenir la célèbre pâte verte.

Keage Incline (plan incliné) et le quartier des temples

Kyoto compte plus de 1000 temples. On en trouve partout, aux détours des rues, dans les quartiers anciens comme modernes, attention donc à l’indigestion de lieux sacrés ! Au pied du chemin des philosophes, un lieu allie promenade et spirituel. Ce sont les alentours de Keage Incline. C’est un ancien plan incliné qui servait à transporter des barges entre deux plans d’eau de la ville au premier temps de l’industrialisation. Maintenant c’est un lieu de promenade bordé de dizaines de cerisiers. Les japonais, qu’il pleuve ou qu’il vente ne raterait pour rien au monde le spectacle de leur floraison. On croise des femmes en kimono, des photographes immortalisant sa fleur de cerisier parfaite. C’est un lieu de promenade très prisés des habitants. Les temples du quartier sont également moins prisés par les touristes.

Arashiyama

Il nous reste peu de temps avant de partir pour Tokyo. Pour notre dernière journée, nous préférons nous éloigner du centre et éviter les complexes trop touristiques. C’est un choix, nous ne visiterons pas le célèbre sanctuaire Fushimi Inari-Taisha et ses milliers de torii rouges. Notre guide nous renseigne un des plus vieux ponts du Japon et une forêt de bambous. Ce programme nous tente et prenons le train pour la station de Saga-Arashiyama.

Dans un premier temps, nous sommes surpris, l’endroit grouille de monde ! Il est vrai que l’on est dimanche, jour de repos. Les trottoirs débordent littéralement sur la route. Les voitures doivent rouler au pas pour trouver leur chemin dans la foule. Nous nous dirigeons vers la forêt de bambous et ses différents temples. Encore une fois, la ferveur des japonais ne se dément pas. Il faut dire qu’une offrande aux esprits du lieu ne prend que quelques minutes. On se purifie à l’entrée du sanctuaire, ensuite on se présente devant la divinité, on s’incline, on jette une pièce dans un oratoire, on sonne la cloche, on claque dans les mains et voilà, la divinité intercédera en votre faveur. On peut également acheter de petits objets pour déposer à proximité du temple. Ils se vendent quelques centaines de yens.

Ensuite, nous arrivons à la forêt de bambous, le monde est toujours présent mais pas oppressant. La foule est calme et tranquille. Elle s’écoule comme un fleuve entre les temples et la forêt tout juste troublée par les pousse-pousse tirés à la force des bras.

Pour finir, nous nous frayons un chemin jusqu’au célèbre pont de Togetsu-kyo. C’est un des plus vieux du Japon. On en retrouve trace depuis le IXème siècle. Bien entendu nous ne marchons pas sur le pont d’origine. La vue sur la rivière et les montagnes avoisinantes est magnifique. Nous sommes en plein Hanami et les touches de couleurs roses dans la montagne sont comme des touches de peinture sur un tableau géant.

Un rite de passage à l’âge adulte est rattaché à ce pont, Lorsqu’une fille ou un garçon atteint l’âge de 13 ans, il/elle se doit de voyager jusqu’au temple Horin-ji afin d’obtenir la sagesse et un exorcisme. Après la visite, cet enfant doit traverser le pont sans se retourner sinon il perdrait la sagesse acquise auprès des dieux. Cette tradition est appelée Juusan Mairi (la visite des 13 ans).

Notre visite de Kyoto s’achève, trop courte, nous nous mettons en route pour notre dernière étape, Tokyo, mégapole et capitale de l’archipel.

Tokyo

La capitale du Japon est une mégalopole de plus de 13 millions d’habitants. Sa banlieue proche compte 40 millions d’âmes, ce qui en fait la zone urbaine la plus peuplée au monde. Dans les transports en commun tout est fait pour fluidifier le flux de la foule. Étonnamment, on ne se sent pas perdu dans la masse. Si on semble en difficulté dans le dédale de lignes, le personnel ou un usager viendra vous aider naturellement. C’est assez réconfortant et parfois un peu déroutant par rapport à nos capitales européennes. Notre sentiment est d’être un peu perdu dans cette fourmilière. Paris, Bruxelles et Londres feraient presque office de petites villes de province face à la tentaculaire Tokyo.

La météo est bien différente de la côte Sud que nous avons visitée jusqu’à présent. Il fait nettement plus froid par rapport à Hiroshima ou Kyoto. Si vous visitez la ville début avril pensez à prendre de quoi vous couvrir et vous protéger contre la pluie

Les transports en commun sont à l’image de ville, immenses. Deux opérateurs cohabitent. Il faut donc faire attention lors de l’achat de vos billets. Un pass pour la journée existe pour chacun des réseaux. Dans ce cas vous ne pourrez pas emprunter l’autre opérateur. Le plus simple est d’acheter un ticket de 24h valables pour l’intégralité des lignes. Des distributeurs automatiques sont disponibles. Si vous éprouvez des difficultés, vous pouvez demander de l’aide auprès des agents en station.

Nous décidons de visiter le temple de Shiba, la tour de communication aussi appelée tour de Tokyo, les jardins de la résidence de l’Empereur, le quartier de Shibuya et le marché aux poissons. Au bout de ces dix jours forts en émotions, il sera temps de reprendre l’avion pour l’Europe. Nous sommes marqués par cet archipel envoûtant. Nous y reviendrons.

Shibakoen et la tour de Tokyo

Shibakoen est un ensemble de temples accolé au parc Shiba à un jet de pierre de la tour de Tokyo. Un petit cimetière prolonge le lieu. Sur un côté nous croisons une partie plus préservée. Ce sont des statuettes habillées avec un bonnet rouge représentant l’esprit des enfants décédés prématurément. On n’accède qu’à une toute petite partie de ce lieu. Des panneaux demandent le plus grand respect et de ne pas y pénétrer. Nous passons notre chemin, émus par le nombre important de petites figurines.

Le temple San’en-zan Zōjō-ji est imposant. C’est un temple bouddhiste qui a compté jusque 3000 moines. Il fait partie d’un plus grand complexe. L’intérieur est décoré de riches dorures. Malgré tout, le lieu est dépouillé. On y trouve une statue de Bouddha sous un baldaquin que les fidèles vénèrent.

Nous nous dirigeons ensuite vers la tour de Tokyo qui est un point du repère de cette partie de la ville. C’est un lieu touristique, un peu comme la tour Eiffel. On y monte par un ascenseur, contrairement à sa sœur aînée de Paris l’ascension n’est pas permise par les escaliers. C’est une tour de télécommunication dont la construction s’est achevée en 1958. Au niveau architectural, les concepteurs revendiquent fièrement la filiation avec la tour Eiffel. A Tokyo, la tour est plus haute de 8 mètres par rapport à Paris. De ce point de vue panoramique, la ville s’offre à nous. Elle est immense et s’étend à perte de vue. On ne regrette pas la visite non sans s’interroger sur la frénésie de cette mégalopole.

Le palais impérial et les jardins

Le palais impérial de Tokyo ne se visite pas et n’est quasiment pas visible du public. Il est caché derrière de hauts murs. C’est le lieu de résidence de l’Empereur. Ce dernier ne s’exprime que très peu et n’apparait quasiment jamais devant son peuple. En tant que quasi-divinité, il est isolé. Cependant, les jardins sont accessibles. Les allées sont, comme à Kyoto, larges et entretenues de manière impeccable. On y croise quelques pavillons, des bosquets de bambous et plusieurs plans d’eau. L’ambiance est moins calme, on sent battre le pouls de la cité qui enserre le parc. Malheureusement, la pluie battante et le froid viennent un peu gâcher notre plaisir d’admirer les cerisiers qui commencent leur floraison.

Le marché aux poissons

La culture gastronomie est une de nos motivations pour les voyages. Le Japon n’y fait pas exception. Elle réserve une grande part de cette dernière aux poissons et crustacés de toutes sortes. La visite du marché constituait donc un passage obligé. Nous ne nous sommes pas rendus dans la partie réservée aux professionnels. Les échoppes ouvertes au public sont déjà très riches. On y découvre des poissons, des mollusques, crustacés et d’autres espèces inconnues sous nos latitudes. Les allées sont étroites et animées. Depuis 2018, le marché a déménagé dans des bâtiments plus modernes. On trouve des restaurants partout dans le quartier. Nous en profitons pour manger sur place, des sashimis bien évidemment! complété par du riz et un bouillon.

Shibuya

C’est un quartier qui ne dort jamais avec ses lumières et ses bruits venant des différents établissements. Une autre facette du Japon s’exprime. Celle d’un Japon qui quitte sa discrétion et sa réserve traditionnelle pour s’affirmer de manière bruyante et visuelle. La pression sociale marquant énormément cette société, le japonais utilise tous les moyens mis à sa disposition pour la relâcher. Certains s’adonnent à la passion du « cos-play ». Ils s’habillent comme leurs héros de manga favoris et habitent leur personnage. On peut également se reposer dans les bars à chats ou louer un espace pour le karaoké. Les plus aventureux pourront rentrer dans des bars de strip-tease.

Shibuya est la carte postale de Tokyo avec son célèbre passage piétons. Pour observer ce ballet, nous montons dans l’immeuble juste en face. On y trouve un « starbuck café » (nous n’en sommes pas adeptes mais bon …😉) où une baie vitrée offre une vue imprenable. La consommation n’est pas obligatoire, nous restons impressionnés par la foule. Nous observons de longues minutes la transhumance de la foule à chaque fois renouvelée dès que les feux passent au vert pour les piétons.

Les plus observateurs pourront caresser la statue d’un chien. C’est Hachiko qui venait chercher son maître à chaque fin de journée à la gare de Shibuya. Au décès de ce dernier en 1925, chaque jour qui ont suivi, Hachiko continuait de l’attendre. Il a accompli ce rituel pendant 10 ans jusqu’à son propre décès. Le chien s’est vu décerner le titre de chien fidèle (chûken) et une statue est érigée en 1934. Les Tokyoïtes (surtout les couples) s’en servent de point de rendez-vous. Il est devenu un incontournable dans la culture manga.

Et pour finir…

Et voilà c’est la fin de ce voyage sur la côte sud de l’île de Honshu. Pendant une dizaine de jours nous avons été bercés par la douceur océane d’Hiroshima, écrasés par la beauté du château d’Himeji, transportés par la spiritualité de Kyoto et réveillés par la bise descendue sur Tokyo. Nous avons passé dix jours suspendus où nous avons oublié notre réalité d’européens. Le dépaysement a été total. En quittant le sol nippon nous souhaitons y revenir tant notre visite est incomplète.  Lors d’un prochain voyage, nous nous rendrons pendant une dizaine de jours sur l’île de Kyūshu, repasserons par Hiroshima car le lieu nous a vraiment touchés et enfin finirons notre voyage par trois jours à Tokyo pour assister à un tournoi de sumo. Vous découvrirez tout ceci dans un prochain article.