Islande 2021 – La route n°1 et Reykjavík

Islande 2021 – La route n°1 et Reykjavík

Depuis un an, la crise sanitaire bouscule nos habitudes de voyage. L’Asie ainsi que l’Amérique du Nord sont toujours fermés. Comme nous sommes entièrement vaccinés, nous avons cherché un pays qui pouvait nous accueillir sans test PCR. Au moment de la réservation de nos billets d’avion, l’Islande est apparue en vert sur notre carte. Comme la situation est changeante, nous prenons nos précautions et optons pour des billets remboursables et échangeables. C’est plus prudent.

Au-delà des aspects sanitaires et depuis notre voyage en Norvège en 2018, nous avions toujours dans nos cartons le projet de retourner vers la culture scandinave. Nous avons sauté sur l’occasion.

Quelques aspects pratiques…

Se rendre en Islande est facile. L’île est bien desservie depuis les grands aéroports européens. Si vous souhaitez embarquer votre voiture, une ligne de ferry régulière relie Hirtshals au départ du Danemark à la petite ville islandaise de Seyðisfjörður située à l’Est de l’île.

La région de Reykjavik et Akureyri concentre la majorité des habitants. La population du pays est approximativement de 360.000 habitants et la densité de la population est de 4 personnes/km². Le réseau de transport en commun est bien développé. De nombreux bus desservent les principaux quartiers de la ville. Le centre-ville est facilement accessible à pied.

Pour vous déplacer plus loin, il faut penser à louer une voiture ou prendre les bus longues distances. Les routes sont en bon état. Il n’existe pas d’autoroute, une fois en dehors de la ville, la route n°1 qui fait le tour de l’île, est à deux bandes sur des centaines de kilomètres. Une fois que l’on quitte la voie principale, il ne faut pas s’étonner de se retrouver sur des voies en gravier. Les ponts sont à prendre avec précaution car ils sont à une seule voie de circulation. Certaines routes du centre de l’île ne sont accessibles qu’en 4×4. Si vous n’en n’avez pas, n’essayez pas de vous y aventurer. Les loueurs n’interviendront pas en cas de problème. Faites également attention car dans l’Est, les stations-services sont plus rares. Gare à la panne sèche !

Quand on arrive en Islande, on ressent directement la culture scandinave. Très vite on se rend compte qu’il y a autre chose, comme un petit air d’Amérique. En plein milieu de l’Atlantique, l’Islande est littéralement posée sur deux continents, une partie en Europe et l’autre en Amérique. La route n°1 prend à certains endroits des airs de route 66. De par sa géographie et son histoire, l’Islande est littéralement partagée entre les influences européennes et américaines tout en étant fière de revendiquer sa spécificité insulaire. Par exemple, la langue islandaise a été préservée des influences extérieures de telle sorte qu’un élève peut facilement lire les sagas vikings du moyen-âge. Entre le vent qui bat les plaines, les canyons creusés par des rivières tonitruantes et le feu des volcans qui couve sous la glace, l’Islande est terre de contrastes.

Enfin les habitants sont gentils, relax. Tout est fait pour que l’on s’y sente bien. La population est avenante et engage facilement la conversation. La qualité d’accueil est excellente. Les islandais ont fortement développé le tourisme ces dernières années. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la flotte de voitures de location présente à l’aéroport.

A notre arrivée, nous laissons de côté la capitale et nous nous dirigeons directement vers le cercle d’or. C’est une région qui regroupe les plus célèbres sites touristiques de l’île : les geysers, la chute d’eau de Gullfoss, le cratère de Kerido et le site de l’ancien parlement de Þingvellir (fondé en 930).

La région est encore urbanisée, on retrouve de-ci de-là des exploitations agricoles, des maisons. On traverse de vastes plaines pour finalement arriver à Laugaras, notre première étape. La géothermie est fort présente dans cette partie du pays. Nous pouvons observer de très grandes serres où poussent des tomates, courgettes ainsi que toutes sortes de fruits et légumes. Ici, la terre fournit chaleur et électricité ce qui permet une culture respectueuse de l’environnement.

Nous passons nos deux premières nuits chez l’habitant dans une chambre d’hôte. L’accueil est chaleureux et les chambres très correctes. Si vous aimez les matelas fermes, vous serez un peu déconcertés, la plupart sont mous et rappelle un peu la literie de nos grands-parents. Ensuite les grandes étendues sauvages nous tendent les bras pour 10 jours.

La route n°1

La richesse de l’Islande se trouve hors de la ville. Les Vikings ont colonisé le territoire et l’ont façonné. De petites communautés vivent tout autour de l’île. Le centre est désert, c’est la terre des volcans et des glaciers. La route n°1 est une voie de communication essentielle au pays car elle les relie tel un cordon ombilical.

Si vous passez deux semaines sur l’île, c’est un road trip à faire, 1200 kilomètres de routes pour découvrir un pays dans toute sa diversité, des plaines où vivent moutons et chevaux, des côtes déchiquetées, des montagnes lunaires vous attendent. C’est un dépaysement de chaque instant qui nous fait se sentir tout petit face aux immensités traversées.

On remarque très vite que les arbres sont peu nombreux. En effet, à leur arrivée les vikings ont déboisé massivement pour construire leurs habitations, navires, etc. Depuis les années nonante, un vaste programme de reboisement est en cours. De çà et de là on voit se développer des taches vertes correspondantes à des parcelles reboisées.

La route fait le tour de l’île, la mer n’est jamais loin. Régulièrement, nous quittons la route pour des chemins de traverses qui nous amènent le long de falaises vertigineuses, de phares colorés, de chutes d’eau vertigineuses ou de petits villages. La route traverse aussi des champs de lave refroidie, ce sont de larges déserts de lave refroidie recouverte de lichens d’un vert pastel. C’est un entre-deux monde qui héberge, selon les légendes, les lutins.

Les chutes d’eau

Les chutes d’eau font partie du paysage islandais. C’est une terre géologiquement jeune. L’eau doit encore se frayer des passages dans la roche. Petit à petit, des canyons sont creusés par l’érosion. C’est un spectacle naturel magnifique. Souvent, avant de voir, on entend, le vacarme sourd de l’eau qui se fracasse sur les rochers en contrebas. Ensuite c’est le regard qui se porte sur la masse d’eau qui dévale la falaise. Enfin quand on se rapproche, ce sont les gouttelettes d’eau qui viennent frapper notre visage. Parfois le promeneur peut passer derrière les chutes ou se rapprocher à moins de quelques pas du point où l’eau tombe. Être au bord du vide n’est plus une expression imagée. Si vous avez la chance d’avoir un rayon de soleil, des arcs-en-ciel viendront traverser les nuages de gouttelettes d’eau expulsée par la cascade.

La glace l’eau et le feu

Une autre caractéristique de l’Islande est la présence sur tout son territoire de volcans ou de glaciers. Le centre de l’île en est recouvert. Des volcans, de la glace, des volcans sous la glace, toutes les combinaisons sont possibles. Encore une fois, on se sent tout petit face à la puissance des deux éléments. Nous avons eu la chance de voir les deux, un glacier qui s’écoule dans la mer et un volcan qui étale une nouvelle couche de matière sur le sol. Tous les deux sont hauts de plusieurs mètres. On entend des craquements, on sent la roche chauffée, le glacier comme le volcan vivent, respirent, éructent ou tombent dans la mer. Sur le lac glaciaire, les icebergs peuvent accueillir des phoques. Ils se prélassent au soleil, nous sommes chez eux et ils nous observent entre deux siestes. Le spectacle ne doit pas nous faire oublier les conséquences de l’industrialisation. Le glacier recule et ici, on le mesure d’une année sur l’autre. L’environnement est fragile et nous prenons conscience que c’est à chacun de nous d’agir à son niveau.

En poursuivant notre route, nous arrivons sur le lac de Mývatn. Nous y passons deux nuits. C’est ici que l’on peut toucher la faille médio-atlantique. Les islandais ont même installé une centrale géothermique tant l’activité géothermique est importante. On y trouve un “chaudron du diable”, endroit où la terre est liquéfiée et bout littéralement. L’odeur est soufrée. On pourrait croire que la porte de l’enfer est juste en haut de la montagne. Même si vivre sur une île volcanique peut être dangereux, l’homme en tire également quelques situations avantageuses. Les bains chauds, les islandais s’y retrouvent pour discuter, se détendre, profiter d’une eau chaude et saturée de soufre. On peut même y boire une bonne bière !

Reykjavik

Enfin nous reprenons la route vers la capitale. Nous passons par la localité d’Akureyri, deuxième plus grande localité de l’île. Nous quittons alors les grands espaces sauvages des Highlands. Notre premier contact avec un monde plus urbanisé se fait par un contrôle de vitesse ! En fonction de votre itinéraire, c’est soit la première ville que vous rencontrez après 10 jours de route ou la dernière avant un long périple sur la n°1. Quelle que soit la manière dont vous faites le tour, la partie entre Akureyri et Reykjavik est moins sauvage, plus marquée par les activités humaines. L’agriculture est plus riche, les moutons sont remplacés par les cheveux. A noter, la présence d’un petit jardin botanique en face de l’hôpital. L’entrée est gratuite et permet de passer un agréable moment dans un parc entretenu avec soin.

En descendant d’une montagne, vous déboucherez sur une vaste plaine, la capitale est encore à 30 kilomètres mais les immeubles commencent à se dessiner sur l’horizon. Petit à petit, la ville se rapproche. Il faut alors tourner le dos aux grands espaces et revenir à la civilisation. On ne peut que se demander où se situe la « civilisation ». J’aimerai plus parler d’équilibre entre les deux mondes.

La ville est à taille humaine, quelques jours suffisent pour la visiter. La cathédrale est un des points les plus élevés. Comme dans la plupart des sociétés scandinaves, la religion pratiquée en majorité est le protestantisme. Vous ne trouverez pas de grandes fresques. Toute l’attention du croyant doit être focalisée sur Dieu, son fils et Marie. On trouve également des lieux consacrés à la foi catholique.

Une autre visite intéressante est le musée national qui se situe dans l’enceinte de l’université. Les salles présentent dans une scénographie moderne et interactive divers objets de l’histoire islandaise des vikings à nos jours. On apprend ainsi par les analyses génétiques que les hommes ont leurs origines en Norvège alors que les femmes viennent majoritairement d’Écosse. D’une manière générale, la ville n’héberge pas de grandes réalisations architecturales mais la vie sociale et culturelle est intense.

Comme dans toute ville, par endroits, des ouvriers renouvellent la voirie et les trottoirs. Afin de ne pas se retrouver surpris par le verglas, et comme l’énergie géothermique est surabondante, des tuyaux chauffent la route, Les citoyens sont à l’abri d’une mauvaise chute.

Hélas, il faut déjà repartir de cette quinzaine islandaise et il y a tant à dire. C’est un voyage qui nous marqué. Jamais nous n’avions pensé nous retrouver aussi petits face aux éléments. La nature y est puissante, volcanique et tonitruante. Si vous y allez, profitez de chaque instant, respectez les sentiers et l’environnement, votre voyage en sera d’autant plus enrichissant.